Désintox consumériste : mon fils perdu dans un magasin bio

Quand on touche au bio une fois, c’est hyper-addictif. Tu commences par une Amap qui te fournit tes légumes, et puis c’est l’engrenage. Plus tu manges bio, plus tu veux manger bio. Tu te mets à regarder des documentaires terrifiants sur les ravages de l’agriculture intensive ou les pesticides qui empoisonnent nos assiettes, pour au final vouloir remplacer un par un tous les aliments de ta liste de course par leur équivalent bio.

La première fois dans un magasin bio, tu restes au moins cinq bonnes minutes devant chaque produit, avec des interrogations devant l’étiquette, du genre « ah ouais, cette brioche coûte quand même quatre fois plus cher que celle que j’achète d’habitude », ou « comment ça, il n’y a pas de vin à moins de 6,50 euros ??? ». Tu te reposes, à chaque item de ta liste, la question essentielle : « est-ce que j’en ai vraiment besoin ? ». Et tu te mets à regarder en tout petit le prix au kilo pour trouver le conditionnement le plus rentable sur la durée. Tu finis par éliminer certains produits de luxe deux à trois fois plus chers, pour te rabattre sur les valeurs sûres : oublie la confiture de figues qui te fait envie, ce sera FRAISES, 1 KILO, POINT.

Pour un enfant, on pourrait croire que c’est plus facile puisqu’il se fout de prendre les produits les plus chers, et bien non. Mon gamin de cinq ans, sommé de choisir un petit déj aux rayons idoines (pâtisseries, biscuits, céréales), a subi des tourments bien plus grands encore. Pensez donc : sans marketing outrancier (ou alors mauvais, petits moyens obligent), il ne trouva point de mascotte sur l’emballage pour aiguiller son choix. Et comment il fait le petit consommateur quand il a pas un tigre sympa ou un bonhomme rigolo sur le paquet ? Quand il a pas d’autocollants Beyblade, de magnets Transformers, de figurine Dora ou de livret Charlotte aux Fraises qui le décide à choisir un produit plutôt qu’un autre ? Ben il fait comme nous, bien obligé : il réfléchit.

Il voit les produits en vrai dans leur emballage transparent, pas sur une photo retouchée aux couleurs saturées qui rend ultra-désirables des aliments tout à fait insipides. Il doit imaginer leur goût et, c’est le plus dur, se demander ce qu’il aime.

Bien sûr, la première fois, il a rusé, en se rattachant à du connu : il a choisi la seule boîte sous carton qui montrait en photo d’alléchantes madeleines dégoulinantes de confiture d’abricot (en fait sèches et friables et même pas bio, l’arnaque) qu’il n’a pas mangées. Mais la semaine suivante, il a bien regardé les céréales, vu celles au miel qui lui faisaient envie, et opté pour ces dernières malgré un packaging réduit à sa plus simple expression. Ben du coup, il les a toutes mangées, et il en a repris dès qu’il les a eues finies. Goût = 1, Marketing = 0.

Le sevrage est en cours, pour notre fils et nous, et nous avons bien l’intention d’aller jusqu’au bout. Car au delà de la désintoxication du marketing, c’est surtout sa sensibilité au goût des aliments qu’on veut développer. [Mode Jean-Pierre Coffe ON] Nan parce que quand même, il y a tellement de trucs bons à manger que c’est dommage de se laisser refiler de la merde, même bien emballée. Il faut apprendre à se débarrasser de certains réflexes de facilité. Le goût, ça se mérite.[Mode Jean-Pierre Coffe OFF]

Alors faites l’expérience, sortez au moins une fois vos charmants bambins dans une boutique bio et observez-les choisir. Et commencez la cure de désintox…

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4 réponses à Désintox consumériste : mon fils perdu dans un magasin bio

  1. Rebecca dit :

    Super ce billet!! Ma fille est trop jeune pour l’instant, elle ne met jamais les pieds dans une grande surface (bio ou pas) mais l’idée est bonne même pour les adultes. La désintox du marketing alimentaire a de l’avenir.

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  3. EsraDT dit :

    Superbe cette cure ;) Ça me rappelle de bons souvenirs (pas si lointains que ça), et surtout ces longs moments seule devant des rayons à lire des étiquettes… et découvrir un tas de mots (visiblement des aliments ! ) dont je n’avais jamais entendu parlé.
    Dans le mode « désintox », le premier repas entre amis est aussi une étape sympa. Les copains habitués à manger des plats conventionnels sont suspicieux quand tu leur sert pour la première fois du « quinoa » et une salade avec des « graines germées » :D

  4. Pascal dit :

    J’ai acheté récemment toute une série de yaourt « bio », à la vanille / chocolat. Réaction du petit dernier qui a 12 ans, j’aime pas parce que cela a un gout de vrai vanille.

    Décourageant :( :(

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