Démago ou l’urgence médiatique

Je suis peut-être vieux jeu, nostalgique du temps où le politique prenait son temps. Un temps nécessaire pour fournir des réponses réfléchies et argumentées à des problèmes analysés, pesés. Le temps du recul, distancié, en retrait de l’agitation des faits divers et des « coups » médiatiques. Aujourd’hui l’on nous parle de bagarre dans un collège, où un garçon de 12 ans a trouvé la mort. Les médias ont monté en épingle ce fait divers, et l’on voit la candidate du PS (et plein d’autres, mais venant du PS, ça me choque) sombrer, corps et âme, dans la fange de la démagogie.

Je suis peut-être vieux jeu, nostalgique du temps où le politique prenait son temps. Un temps nécessaire pour fournir des réponses réfléchies et argumentées à des problèmes analysés, pesés. Le temps du recul, nécessairement distancié. Forcément en retrait de l’agitation des faits divers et des « coups » médiatiques. Ce temps, si tant est qu’il fût un jour, n’est plus.

Aujourd’hui l’on nous parle de bagarre dans un collège, où un garçon de 12 ans a trouvé la mort. C’est spectaculaire, c’est sordide, mais c’est un accident. Il était malade, la situation a dérapé. C’est tragique mais le principal enseignement devrait être la fragilité de notre vie et une invitation à la prudence.

N’empêche. Les médias ont monté en épingle ce fait divers. C’est du pain bénit pour eux. Pourquoi ? Parce qu’il répond aux angoisses d’une grande partie de la population :

– les jeunes d’aujourd’hui (racailles) sont plus violents et plus dangereux que les jeunes d’hier (gentils citoyens)

– l’insécurité est partout

– l’école, sanctuaire de la République, ne remplit plus ses devoirs

– ce « fait divers » n’est pas anodin. Il est une preuve de plus d’une tendance lourde qu’il faut stopper le plus vite possible.

Tout ça invite à une réaction. Il faut empêcher cette dégradation, et le discours sécuritaire n’est pas loin. Or, là où l’irresponsabilité des médias, chronique, pourrait être contrebalancée par des politiques, on voit la candidate du PS (et plein d’autres, mais venant du PS, ça me choque) sombrer, corps et âme, dans la fange de la démagogie. « Renforcer la présence adulte dans les collèges », ça sent le plat réchauffé, bricolé pour l’occasion. Tout est bon, comme chez Sarkozy, pour alimenter la thématique sécuritaire. Comme si le collège était devenu une zone de « non-droit », à l’image des cités où la police ne veut plus s’aventurer. Comme si l’occupation du terrain était la garantie d’une meilleure sécurité.

On fait comme si le collège n’avait jamais été un lieu de bagarre, de disputes et d’agitation. Mais c’est un lieu qui ne sera jamais sûr. Je me souviens de mon collège tranquille de banlieue parisienne : les bousculades étaient quotidiennes. Les bagarres éclataient parfois. Des accidents ont lieu tous les jours dans un collège : chutes sur la tête, bras cassés. Ils ne témoignent pas d’une violence croissante mais de l’agitation normale d’un groupe de 500 adolescents débordants d’énergie et qui n’ont pas encore acquis toutes les règles du respect de l’autre. Il y aurait une vraie réflexion de fond à mener sur cette violence structurelle, inévitable. Mais faire croire que quelques pions supplémentaires l’annihileront, que le collège deviendra aussi calme et reposant qu’un cloître, c’est se foutre de la gueule de l’électorat.

Par ailleurs on voyait le maire de Meaux, qui fait son travail en invitant à la retenue et à l’intelligence, préciser que le collège en question disposait déjà de moyens importants. Ce ne serait donc pas le problème. Mais quel est le problème, en réalité ? C’est peut-être que les faits divers isolés, aujourd’hui, soient devenus le moteur – le fonds de commerce, même – de l’action politique. Avant, on réfléchissait avant de parler. Cet empressement à « occuper le terrain » médiatique, à parler avant les autres, à « réagir » pour ficeler une solution tout-en-un, calibrée, bien packagée pour séduire l’électorat me fait peur. Ce n’est pas de bon augure pour la qualité de la réflexion et la pérennité des solutions proposées.

Bien sûr il y aurait aussi beaucoup à dire de Sarkozy sur ce chapitre. Sa « non-réaction » à l’annonce en direct de la mort de Pinochet vaut, à elle seule, son pesant de cacahouettes. Mais c’est une autre histoire…

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