Comment ne pas gagner d’argent en créant un jeu en ligne

A chaque fois que je présente Terato – le jeu en ligne – à quelqu’un, j’ai droit à un regard qui s’éclaire, à ce bref demi-sourire où suinte l’avidité, et la même interrogation : « et ça te rapporte de l’argent ? ». Réponse : non, et voici pourquoi…

Terato


Terato

A chaque fois que je présente Terato – le jeu en ligne – à quelqu’un, j’ai droit à un regard qui s’éclaire, à ce bref demi-sourire où suinte l’avidité, et la même interrogation : « et ça te rapporte de l’argent ? ». Bien sûr, quand je nie, un peu gêné de le décevoir, mon interlocuteur sursaute. Soudain très compréhensif, il semble oublier l’idée aussi vite qu’elle était venue, avec la moue de qui se défend d’y toucher. Peut-être que la noblesse de mon abnégation le renvoie à sa honteuse cupidité. N’empêche, cette question revient souvent, et ce serait malhonnête de prétendre que je n’y ai jamais songé moi-même . Toutefois, il y a pas mal de raisons pour lesquelles Terato est gratuit (peut-être ne seront-elles pas éternelles…). En voici les principales :

Gagner de l’argent, c’est dur

Avant d’espérer rouler sur l’or, il faut un bizness plan bien rôdé, parce que le jeu en ligne est un secteur ultra-concurrentiel et que faire son trou demande de l’investissement. Il y a ceux qui font payer la boîte en carton ou un abonnement mensuel. C’est la solution "grosses coucougnettes" : facile quand on a la force de frappe marketing de Blizzard ou Vivendi, mais délicat à mon échelle, à moins de coller des affiches A4 sur tous les abribus de France pendant les vacances d’été. Plus facile : les publicités. Mais franchement, après avoir sué sang et eau pour dépasser un euro par mois avec diverses régies, c’est une solution frustrante. Reste la solution super-tendance : le micro-paiement par appel téléphonique ou SMS. Les joueurs obtiennent des bonus dans le jeu avec du vrai argent. L’addition passe en douceur et ce n’est qu’à la fin du mois que l’intrépide adolescent est exproprié par ses parents à cause d’une facture téléphonique de 1431,18 euros. Je ne l’ai pas expérimentée, mais c’est une proposition intéressante si on lui laisse le temps de décoller. Voyons donc les autres raisons…

Les joueurs sont plus détendus

La patience est une vertu inversement proportionnelle au prix qu’on vient de payer. Je peux patienter plusieurs jours quand je télécharge un film gratuitement sur un réseau P2P (libre de droits, bien sûr), mais je vais m’énerver si la caissière de Virgin met plus de 30 secondes à balayer mon DVD de sa douchette laser. La différence, c’est que d’un côté j’ai l’impression d’un don qui m’est octroyé ; et de l’autre, d’une relation commerciale hostile où chacun doit arracher le plus possible à l’autre. J’imagine que le joueur fonctionne de la même façon. Si le jeu est gratuit, il tolèrera quelques pannes de serveur, bugs de fonctionnement, quitte à se dire que "les jeux gratuits, c’est pas vraiment sérieux". Peu ‘importe s’il consacre 12 heures par jour à élever ses amibes, son cochon, ses moutons, ses trolls, son nain et ses deux hamsters virtuels. Tout ça n’est pas vraiment sérieux. On peut prendre son temps, rigoler. Alors qu’un jeu payant a des connexions avec le monde réel (le portefeuille). Il amène un désir d’en "avoir pour son argent" qui peut casser la dynamique de jeu pour une recherche de rentabilité pas très ludique. Et un potentiel de casse-pieds sans fin pour l’administrateur ("j’ai payé, je voudrais pouvoir jouer", "je vais écrire à 60 millions de consommateurs", "mon avocat est en route"…). Il y a bien mieux à faire.

Un jeu gratuit, c’est (un peu) alternatif

Terato est quand même né d’un manque. Pas forcément en tant que gamer frénétique puisque je ne l’ai jamais été, mais en tant que joueur occasionnel, internaute assidu et citoyen préoccupé. Le manque de jeux accessibles à tous, bien foutus, originaux et d’une durée de vie supérieure à quelques minutes. Le fossé a été comblé depuis, mais à l’époque (fin 2002 madame), Nainwak faisait ses premiers pas, et TaupeDélire était le seul qui tenait la route. Il y avait certes des MMORPG bien sexy mais exigeant une carte bleue bien approvisionnée, des jeux Flash débiles qui énervaient au bout de 3 minutes, des jeux de simulation laids à en piquer les yeux, et des tas de tas de jeux de gestion de ville/civilisation/entreprise pas vraiment novateurs. La gratuité était le plus alternatif de tous ces aspects, parce qu’il permettait à tout le monde (bon faut quand même un PC et une connexion internet, mais bientôt, avec une simple manivelle on pourra faire tourner un PC connecté à un lampadaire WI-FI, c’est fabuleux) de s’amuser sans nourrir l’industrie du loisir déjà assez obèse comme ça. Et ça fait plaisir à une partie de mon cerveau encore vaguement gauchiste malgré les années qui passent.

On est aidé (gratuitement)

La gratuité c’est vendeur, surtout dans l’associatif. C’est parce qu’il était à but non lucratif que Terato a pu être hébergé grâcieusement par Nainwak, l’association. Et qu’il a été référencé sur des annuaires spécialisés dans le jeu gratuit. Et qu’une communauté de joueurs sympa a décidé de prendre en main le forum officiel du jeu, un chat room sur IRC, et depuis peu un système de carte géographique pour localiser les joueurs dans le monde. Bien sûr, ils font ça pour s’amuser. C’est gratuit de leur part, et ça a beaucoup fait pour l’atmosphère bon enfant qui règne sur Terato. Tout le monde s’aime, on est une grande famille et on se laisse pousser les cheveux.

Terato, c’est d’abord fait pour s’amuser

Toutes ces raisons se ramènent peu ou prou à la même idée de fond : Terato est d’abord fait pour s’amuser. Evident, direz-vous ? Pas forcément pour tout le monde. On ne compte plus le nombre de jeux bâclés, sortis pas finis pour les fêtes de Noël ou conçus sans idée, juste pour exploiter une licence (de film, au hasard). Est-ce que les scénaristes, infographistes, chefs de projet qui travaillent 18h par jour sous la pression de leurs actionnaires se fendent vraiment la gueule ? Moi je me souviens des soirées passées à réfléchir aux mécanismes de jeu de Terato, à griffoner des brouillons, à les tester et à les voir en actions le lendemain matin comme des instants de jubilation à l’état pur. Même trois ans après, quand ça me reprend (j’ai eu une crise en avril), c’est toujours le même trip. Et quand un joueur, un seul, fait l’éloge de Terato, ça vaut beaucoup plus que les quelques misérables euros que j’aurais pu récolter pendant tout ce temps.

Pour tout ça Terato est gratuit pour un petit moment encore. Profitez-en…

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Une réponse à Comment ne pas gagner d’argent en créant un jeu en ligne

  1. kalaspace dit :

    Bonjour,

    ayant anciennement fait un jeu (iuki.com),
    que j’ai remis en ligne sans faire de pub (trop long),
    je comprends parfaitement ce que tu peux ressentir,
    mes amis ayant eu la meme reaction que les tiens,

    je leur ai plus ou moins exposé les arguments suivants,
    il s’agit du résultat de plusieurs mois de recherches,
    dans le référencement et le depot de noms de domaine.
    la présentation est un peu oldskool,
    mais si tes amis souhaitent savoir comment marche le business sur Internet, ces vidéos valent vraiment le détour.

    fr.youtube.com/watch?v=PV…
    fr.youtube.com/watch?v=OM…
    fr.youtube.com/watch?v=sw…
    fr.youtube.com/watch?v=cY…
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    Je suis donc totalement d’accord avec tes propos !

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